Un examen approfondi de l'impact environnemental de l'exploitation minière du Bitcoin

Diffusion au public général du 25 octobre 2021 :

Cet article a été publié dans l'espace des abonnés proactifs le 14 mai 2021, alors que la polémique grondait après que Elon Musk soit passé d'une position pro à anti-Bitcoin, à cause de son soi-disant gaspillage d'énergie électrique.

Cette traduction visait une prise de recul et à donner des éléments macro fondamentaux permettant aux abonnés proactifs des prises de décisions plus éclairées dans un contexte où le prix de bitcoin était en phase de correction et allait potentiellement présenter des points d'entrée intéressants.

Nous vous faisons cadeau de celui-ci, afin que vous saisissiez mieux le contexte général et la pertinance de Bitcoin, y compris concernant son impact positif et accélérateur dans le développement des énergies non-fossiles.

Bonne lecture.

Eric Mermod

Article du 14 mai 2021 :

Article original par Christopher Bendisken, https://coinshares.com/research/closer-look-environmental-impact-of-bitcoin-mining

Cette traduction est une parution en primeur pour les abonnés de l'espace proactif, elle sera diffusée publiquement par la suite.

Dans le contexte actuel de résurgence des critiques concernant la consommation énergétique de Bitcoin, particulièrement le discours d'Elon Musk quant à l'impact carbone de BTC, cet article permet de prendre du recul et de comprendre pourquoi un tel discours n'est pas pertinent sur la durée.

Ceci nous permettra de prendre des décisions plus éclairées dans le contexte de volatilité accrue sur le prix de Bitcoin. Je vous incite fortement à le lire jusqu'au bout, malgré sa longueur, car les concepts abordés sont centraux.

Mes ajouts sont indiqués entre crochets : [] ; vous trouverez les références en bas d'article.

Restez à l'affût.

Eric


Nous sommes officiellement de retour à notre moment préféré du cycle du marché. Le moment où de nouvelles cohortes de journalistes - manifestement agacés par le fait que le Bitcoin, peu importe le nombre de fois qu'il a été déclaré mort, refuse toujours de mourir - se voient contraints de couvrir la technologie qu'ils préfèrent le moins et la plus déroutante.

Et ils sont très contrariés par leurs découvertes.

Mais dans la vie, beaucoup de choses ne sont pas ce qu'elles semblent être au premier abord. Bitcoin est l'une de ces choses. En fait, ce n'est pas seulement ce qu'il semble. C'est exactement le contraire.

Je vais consacrer le reste de cet article à expliquer cette curieuse circonstance. C'est un peu un voyage, mais un voyage amusant et intéressant qui offre le potentiel de quelques vrais moments de prise de conscience. Il n'est pas très difficile d'aller au fond des choses, mais cela nécessite une synthèse des connaissances et du contexte qu'il est plutôt rare d'observer dans la nature, pour ainsi dire. Je vais essayer de rassembler toutes ces besoins en un seul ouvrage - voici le plan :

Tout d'abord, nous devons établir un certain nombre de bases contextuelles. Il s'agit d'une étape cruciale, car le manque de clarté sur ce qu'est et n'est pas le Bitcoin peut potentiellement brouiller toute l'analyse ultérieure. C'est un peu comme regarder une fusée sur une rampe de lancement et la confondre avec un gratte-ciel. Vous la trouveriez laide, inutile et terriblement mal placée. Sous cet angle, ça semble stupide. Mais dès que vous savez que cette chose est destinée à s'envoler dans l'espace, tout devient immédiatement beaucoup plus logique.

Ensuite, nous devons comprendre le rôle de l'électricité dans le système de règlement Bitcoin. L'électricité a un coût, et nous devons donc nous assurer de comprendre ce que Bitcoin donne en échange de cette dépense. Qui sont les personnes qui paient réellement pour cette électricité, et pourquoi sont-elles prêtes à le faire ? Ce sont des questions importantes.

Il faut alors considérer que le concept de gaspillage est subjectif. Si je pense personnellement que l'énergie déployée par notre société pour suivre et diffuser la vie des Kardashian est un gaspillage total et absolu, d'autres ne sont pas d'accord et leurs choix ne me regardent pas. Nous avons choisi de vivre dans une société où les gens sont libres de faire leurs propres choix, et il y a de bonnes raisons à cela.

Je vous montrerai ensuite comment le concept de Bitcoin comme menace pour un avenir renouvelable a en fait des arguments exactement contraires. Loin d'être un obstacle à un avenir décarboné, l'exploitation minière du Bitcoin peut jouer un rôle inestimable en tant qu'élément constitutif d'un tel système. Il s'agit en fait d'une opportunité incroyable d'augmenter la part de la production renouvelable intermittente dans nos réseaux électriques, sans en ruiner l'économie.

Enfin, je ferai valoir que si la réduction de notre empreinte carbone est une bonne idée, la réduction de notre consommation d'énergie ne l'est pas. La consommation d'énergie est la clé de notre prospérité et de notre progression sur l'échelle de Kardashev. Il est dans notre intérêt de consommer plus d'énergie, pas moins.

Comme vous vous en doutez peut-être déjà, cette question est beaucoup plus profonde que ce que le reportage moyen vous a laissé croire. Et lorsqu'elle est appliquée à l'ensemble du tableau, cette profondeur pourrait bien entraîner un changement de perspective significatif. Alors, allons-y.

Bitcoin est un système de règlement, pas un agrégateur de paiements

Commençons par le commencement. Qu'est-ce que le Bitcoin[1] et qu'est-ce qu'il n'est pas ?

Bitcoin est un système de règlement comme FedWire, ce n'est pas un agrégateur de paiements comme Visa. Je vois constamment Bitcoin comparé à Visa, MasterCard ou PayPal, et c'est une source principale d'atrocités mathématiques par lesquelles le coût global de l'électricité de Bitcoin est divisé par ses transactions, puis comparé à quelque chose qu'il n'est pas. La consommation d'énergie par transaction de règlement est une mesure absurde pour juger de la consommation d'énergie de Bitcoin.

Tout comme les quelque 800 000 transactions quotidiennes de FedWire ne sont pas une bonne mesure du montant total des transactions quotidiennes en dollars (USD), les quelque 325 000[2] transactions quotidiennes de Bitcoin ne sont pas une bonne mesure du montant total des transactions quotidiennes en bitcoins (btc/xbt). La plupart des transactions en bitcoin ne sont pas visibles. Elles ont lieu dans les systèmes d'agrégation de paiement des marchés d'échange, sur le réseau Lightning, et oui, même dans les agrégateurs réels comme PayPal, Square ou MasterCard. Ce n'est que périodiquement qu'elles sont enregistrées sur la blockchain Bitcoin en tant que transactions visibles.

Les solutions de ce type sont appelées "stratification du réseau" [les couches de réseau]. Il s'agit d'une approche éprouvée pour séparer les transactions de détail occasionnelles des transactions de règlement plus lourdes et c'est exactement la façon dont nous faisons déjà les choses dans les systèmes monétaires et de paiement en monnaie fiduciaire. Dans un tel système, la couche de base, comme FedWire (ou Bitcoin), n'agit que comme arbitre final des transactions de règlement, tout le reste, c'est-à-dire la grande majorité de toutes les transactions, se passe dans des couches d'agrégation de paiement plus élevées, qui sont souvent des systèmes entièrement différents.

En d'autres termes, Bitcoin n'est pas un concurrent de Visa, MasterCard ou Paypal. Bitcoin est un système monétaire indépendant que les agrégateurs peuvent utiliser.

Présenter la consommation d'électricité de Bitcoin en fonction du nombre quotidien de transactions de règlement est une diversion.

L'électricité comme source objective du temps

Bien, mais pourquoi toute cette électricité est-elle nécessaire ?

Comme vous le savez probablement déjà, Bitcoin ajoute de nouvelles transactions à son grand livre toutes les dix minutes environ. Ces lots d'ajouts à l'enregistrement des transactions sont appelés blocs et forment une chaîne toujours plus longue contenant l'historique complet des transactions de Bitcoin. Un accord à l'échelle du réseau sur cet historique unique et partagé de transactions est ce qui permet à un système monétaire décentralisé d'exister. Sans cela, nous avons besoin d'une autorité centrale pour décider quelles transactions ont été effectuées et dans quel ordre.

L'électricité entre en jeu lors du processus d'ajout de blocs. Vous l'entendrez rarement expliqué ainsi, mais le Bitcoin utilise l'électricité dans un but relativement simple : prouver, sur la base d'un indicateur objectif indépendant du système lui-même, d'une manière que tout le monde peut vérifier par lui-même, qu'un certain temps s'est écoulé entre un nouveau bloc et son prédécesseur. Pour l'anecdote, sachez que le créateur de Bitcoin n'a jamais utilisé le mot blockchain. Il l'a appelé timechain.

Ce modèle d'accord décentralisé est si révolutionnaire dans le domaine de l'informatique qu'il a été baptisé du nom du créateur du Bitcoin. Il s'agit du Consensus Nakamoto et la technique utilisée pour y parvenir est appelée Preuve de travail. Dans ce processus, c'est l'électricité qui fait le travail réel, et la preuve est la présentation d'une sortie de fonction de hachage rare qui n'aurait pu être trouvée que par une répétition de conjectures [suppositions répétées jusqu'à avoir trouvé la solution, par hasard], prouvant ainsi l'apport du travail.

Pour ceux qui se souviennent de la physique au lycée, le travail est un concept dépendant du temps. Si un travail a été effectué, le temps doit s'être écoulé. Grâce à cette relation fondamentale, la preuve de travail permet au réseau Bitcoin de coopérer sur une horloge décentralisée, ce qui permet à ses participants, autrement non coordonnés, de s'accorder sur un historique partagé des transactions.

Tant que suffisamment de temps s'est écoulé depuis le dernier bloc, comme le prouve le travail d'entrée, un nouveau bloc peut être ajouté à la chaîne (tant qu'il n'enfreint pas les règles de Bitcoin). La considération par tous les participants du réseau de la chaîne avec le plus de travail accumulé comme étant la chaîne correcte et convenue est une règle de consensus fondamentale de Bitcoin.

C'est déjà une avancée incroyable, mais il y a plus encore :

Le coût de l'électricité prévient la contrefaçon

L'utilisation de la preuve de travail comme horloge décentralisée génère également un excellent effet secondaire. Elle rend le coût de la contrefaçon et la falsification des enregistrements prohibitif. L'écriture d'un historique frauduleux est aussi coûteuse que l'écriture d'un historique authentique, et donc, pour créer une chaîne temporelle malhonnête, un acteur malveillant doit dépenser plus d'énergie pour cette tâche que tout le réseau honnête réuni.

Dans ce contexte, une autre façon de penser à la consommation électrique globale de Bitcoin est la suivante : Lorsque vous entendez des phrases telles que "Bitcoin utilise autant d'électricité que la Norvège", cela signifie en pratique que si ces satanés norvégiens conspirateurs voulaient se réunir pour modifier le registre des transactions de Bitcoin, même s'ils mobilisaient l'ensemble de l'approvisionnement en électricité du pays, ils n'auraient absolument aucune chance d'y parvenir[3].

Il s'agit en fait d'un euphémisme, mais pour un système monétaire mondial, librement accessible et politiquement indépendant, la capacité de résister à des attaquants de la taille d'un pays est une caractéristique incroyable et manifestement nécessaire, et non un bogue à corriger.

Ça fait réfléchir…

L'utilisation de l'électricité permet des propriétés monétaires autrement indisponibles

Et avec cela, nous sommes en fait au cœur de cette discussion. L'ensemble du "débat" autour de l'utilisation de l'énergie par le Bitcoin repose fondamentalement sur la reconnaissance ou non de la nécessité d'un système monétaire politiquement indépendant comme alternative volontaire et librement disponible aux monnaies gouvernementales autorisées et souvent purement et simplement armées.

Si votre réponse est négative, alors aucun argument ne suffira à vous convaincre que le Bitcoin est autre chose qu'un gaspillage total, qu'il consomme un GWh par an ou un million. Cependant, dans ce cas, il ne devrait pas non plus y avoir de raison de s'inquiéter : Si le Bitcoin ne sert à rien et n'est qu'une bulle, il est certain que personne ne sera prêt à payer ses coûts d'électricité au fil du temps et qu'il mourra, entraînant sa consommation avec lui. Problème résolu, non ?

Si, en revanche, la réponse est oui, l'histoire est tout à fait différente. Parce qu'en échange de sa consommation d'électricité, le Bitcoin fournit un ensemble de propriétés monétaires uniques à ses utilisateurs - des propriétés qui ne peuvent être reproduites par des monnaies politiquement dépendantes ou par des monnaies de marchandises physiques.

C'est pour cela que ses utilisateurs paient, et ils pensent tous que cela en vaut la peine.

Considérez cela :

  1. Le bitcoin est sans permission, ce qui signifie que personne ne peut empêcher quiconque de l'utiliser, quel que soit le pouvoir politique qu'il exerce.
  2. La rareté du bitcoin est prouvée et les nouvelles unités monétaires ne peuvent être créées qu'au prix du marché ou à un prix proche de celui-ci, ce qui signifie que personne ne peut vous faire perdre votre épargne à travers l'inflation, quelle que soit l'université dans laquelle ils ont étudié.
  3. Une fois que vous détenez des bitcoins, la seule façon d'empêcher quelqu'un de dépenser ses pièces est d'acheter plus d'électricité que l'ensemble du système, dans le seul but de l'en empêcher (quel gaspillage…), ce qui signifie que les utilisateurs de Bitcoin ont la liberté absolue de commercer avec littéralement n'importe qui dans le monde entier.
  4. N'importe qui peut vérifier l'historique complet des transactions du système à l'aide d'un ordinateur de 200 dollars, ce qui supprime la nécessité de faire confiance aux gouvernements, aux institutions ou à qui que ce soit d'autre lors de transactions monétaires.

Je pourrais continuer, mais il devrait être clair à ce stade que l'utilité d'un tel système est énorme, le marché mondial pour ses services est énorme, et l'énergie requise pour le faire fonctionner est le coût nécessaire pour atteindre ces propriétés.

Valeur et gaspillage

Ensuite, parlons un peu du gaspillage. Le point général de cette section devrait déjà être clair grâce à la précédente, mais pour plus de clarté, je vais l'expliciter : le gaspillage, tout comme la valeur, est subjectif.

Certaines personnes accordent de l'importance au mascara, d'autres à la malbouffe, d'autres encore à regarder les Kardashians, d'autres enfin donnent de la valeur à s'envoler vers des lieux exotiques pour leurs vacances, et d'autres encore à se rendre dans des stades pour regarder des hommes adultes en spandex faire semblant de se battre [catch américain]. Il se trouve que je n'appartiens qu'à l'un de ces groupes, mais le monde est vaste et qui suis-je pour vous dire ce que vous devez faire de votre vie ?

Mais devinez quoi, toutes ces choses ci-dessus nécessitent de l'énergie. Lesquelles, alors, passeront notre seuil de gaspillage versus la valeur ? Quelles sont celles que nous considérerons comme moralement répréhensibles en raison de leur gaspillage ?

Nulle part ailleurs dans notre société nous n'appliquons un examen aussi minutieux de la légitimité morale de l'utilisation de l'énergie. Ni dans la consommation privée, ni dans la production de biens ou de services. Cela est vrai même si de nombreuses autres utilisations globales d'énergie sont clairement moins "nécessaires" ou "moralement défendables" que le Bitcoin. Et il y a une bonne raison à cela.

Essayez de pousser le postulat jusqu'à sa conséquence nécessaire. S'il s'agit d'une approche visant à réduire notre empreinte carbone, où faut-il exactement fixer la limite ? Qui doit décider ? Et combien de temps avant que vous ne vous retrouviez traîné dans la rue et mis contre un mur pour un crime de consommation inqualifiable ?

En fait, peut-être que ceux qui se sentent légitimement indignés par n'importe quel produit ou service, et qui considèrent qu'il s'agit d'un autre mal consumériste à attaquer moralement, devraient réfléchir longuement aux effets d'une monnaie déflationniste mondiale sur le consumérisme aveugle basé sur le crédit et ses effets néfastes sur l'environnement.

Ça fait réfléchir…

En fin de compte, pour qualifier le Bitcoin de gaspillage, il faut soit ne pas comprendre la fonction du minage par rapport aux propriétés du Bitcoin, soit ne pas reconnaître du tout l'utilité du Bitcoin, soit reconnaître une certaine valeur, mais la considérer comme insuffisante pour justifier le coût. Ces deux derniers points reviennent à rejeter purement et simplement la possibilité que d'autres puissent accorder une valeur différente de la vôtre à quelque chose, ou à croire que vos jugements de valeur sont en quelque sorte plus importants que les leurs.

Il n'est même pas possible d'argumenter contre de telles positions. Elles sont soit basées sur un manque de compréhension qui doit d'abord être rectifié, soit sur des désaccords fondamentaux concernant la liberté individuelle et la liberté. Le premier point se résorbera lentement à mesure que la connaissance du protocole Bitcoin continuera à se développer au sein de la population, mais le second est un problème bien plus profond et il incombe à chaque individu d'y réfléchir avant de préconiser la suppression de la liberté des autres ou la marginalisation de leurs choix volontaires.

Ce qui est en revanche assez facile à comprendre, c'est la raison pour laquelle cette question suscite autant d'émotions.

Externalités

C'est là que les gens ont tendance à se bloquer. Presque tout le monde s'accorde à dire que la pollution par le carbone est un problème grave, et la crainte de causer des dommages importants à la capacité de notre espèce à se maintenir dans les limites de notre planète est une source d'inquiétude pour beaucoup de gens. Comme il s'agit d'un système très transparent, il est donc relativement facile de jeter un coup d'œil superficiel sur le Bitcoin, de calculer sa consommation d'énergie, de se rendre compte qu'elle est importante, puis de s'inquiéter de son impact environnemental.

Le problème de ce type d'approche est qu'il tend à associer la production d'électricité sale à la consommation d'électricité agnostique, tout en ignorant simultanément et nécessairement toute utilité. Les personnes qui appliquent cette approche nous disent que le Bitcoin génère des quantités impensables d'externalités à travers les émissions de CO2. Eh bien, oui et non.

Oui, dans la mesure où l'électricité utilisée par Bitcoin est la même que celle qui alimente tout le reste du monde, et que la production est malheureusement toujours dominée par les combustibles fossiles, qui génèrent des externalités négatives.

Non, car, contrairement à la plupart des autres secteurs, le minage de bitcoins est extrêmement compétitive, mais surtout mobile, et a donc tendance à se concentrer sur les sources d'énergie indésirables (lire : les moins chères) du monde. Ces sources sont en grande partie composées d'énergies renouvelables non exploitées ou sous-utilisées, notamment l'énergie hydraulique. Et si son utilisation des énergies renouvelables n'est en aucun cas exclusive, elle représente tout de même entre le double et le quadruple de la moyenne mondiale résidentielle, commerciale et industrielle. Ainsi, alors que le Bitcoin pourrait utiliser la même quantité d'électricité que les Pays-Bas, son empreinte carbone comparative serait comprise entre la moitié et le quart.

L'autre élément essentiel à comprendre est que le Bitcoin est aussi écologique qu'une voiture électrique. Rien dans le Bitcoin ne nécessite d'émissions. Il absorbe l'électricité que vous lui fournissez. Si le monde devient vert, le Bitcoin le sera aussi.

Ce que les détracteurs font en réalité, c'est habiller notre problème de pollution par le carbone d'un costume de bitcoin, lui crier des injures et le frapper avec un bâton. Ce n'est pas une stratégie efficace pour réduire nos émissions, c'est un bouc émissaire totalement inutile. À moins d'un retour à l'ère technologique d'avant l'électricité ou d'une réduction de notre niveau de vie, la seule stratégie permettant d'atteindre cet objectif est de développer la production d'énergie renouvelable.

Plutôt que de décrier le Bitcoin comme un représentant archétypal de notre problème de pollution par le carbone, nous devrions vraiment y prêter plus d'attention, car il s'avère que l'exploitation minière du Bitcoin peut en fait être une composante essentielle d'un avenir minimisant le carbone. Et c'est une opportunité que nous serions absolument stupides de laisser passer.

Bitcoin + Renouvelables = Vrai

Quiconque a fait ses devoirs en ce qui concerne les problèmes posés par les réseaux à forte pénétration d'énergies renouvelables intermittentes, telles que le solaire et l'éolien, est parfaitement conscient des problèmes qu'ils rencontrent en matière de surproduction et de sous-production.

La sous-production et la nécessité courante de recourir à la production d'électricité à partir de combustibles fossiles sont des notions que tout le monde comprend, car elles représentent la situation standard dans presque tous les endroits de la planète. Dans ces régions, nous avons besoin d'une capacité de réserve de centrales électriques à combustible fossile pour intervenir lorsque la production renouvelable et la consommation d'électricité ont des horaires différents. Cette situation est loin d'être idéale et fait augmenter le coût de l'électricité.

Ce qui est moins bien compris toutefois, c'est le problème de la surproduction des énergies renouvelables.

Nous ne pouvons pas décider quand le vent ou les nuages apparaissent et nous ne pouvons donc jamais faire correspondre le modèle de production éolienne et solaire à notre consommation d'électricité. Cela signifie que si nous voulons nous appuyer principalement, ou au moins de manière significative, sur cette production, nous devons construire une capacité suffisante pour que le niveau le plus bas de production intermittente des énergies renouvelables soit égal ou supérieur à notre demande de pointe. Cela signifie que, la plupart du temps, nous produirons de l'électricité bien au-delà de nos besoins. À moins que nous puissions trouver un acheteur pour cette électricité, un tel système ne serait tout simplement pas viable économiquement.

Dans ce qui est désormais le secret le moins bien gardé du secteur, l'extraction de bitcoins offre en fait une opportunité incroyable d'optimiser les réseaux à forte intensité de ressources renouvelables. Les mineurs, étant extrêmement mobiles et flexibles, peuvent agir comme des systèmes de réponse à la demande. Ils peuvent se situer à proximité immédiate de la ressource renouvelable (et même se déplacer au gré des saisons) en question - évitant ainsi de devoir renforcer excessivement les réseaux - et consommer dynamiquement l'énergie excédentaire lorsque la production est supérieure aux besoins du marché non minier (ce qui signifie que les prix sont bas). Cela permet de monétiser immédiatement l'énergie qui, autrement, serait gaspillée, et de faire baisser le coût global de l'électricité. En d'autres termes, il peut agir comme une batterie monétaire.

Inversement, lorsque la production d'électricité est faible par rapport aux besoins du marché non minier (ce qui signifie que les prix sont élevés), il est possible de lier contractuellement les mineurs afin qu'ils interrompent leurs opérations, ce qui permet d'acheminer l'électricité vers d'autres sources de demande (qui sont aussi généralement prêtes à payer plus cher). Cela permet de garantir la fiabilité des infrastructures essentielles lorsque la production est limitée ou que la demande est exceptionnellement élevée.

Des mineurs effectuent déjà cette tâche sur le marché de l'électricité ERCOT du Texas et d'autres sont en cours de planification. On ne peut que se demander si la récente tension sur le réseau texan n'aurait pas pu être atténuée si la capacité de production d'électricité de pointe avait été plus élevée, un objectif qui est beaucoup plus réalisable économiquement en présence d'une grande capacité de réponse à la demande.

Une dynamique similaire se produit à l'autre bout du monde, en Chine. Au cours des 20 dernières années, la Chine a mis en place la plus grande capacité de production d'énergie hydroélectrique au monde. La plus grande partie de cette capacité est concentrée dans les provinces montagneuses du sud-ouest, le Sichuan et le Yunnan, qui reçoivent à la fois les eaux de ruissellement du vaste plateau tibétain et des pluies abondantes, mais saisonnières.

Ce développement a été largement alimenté par des subventions publiques visant à faire de la Chine la première fonderie d'aluminium du monde. Cet objectif a été atteint, et plus encore, laissant certaines provinces chinoises avec de vastes surcapacités dans leur production hydroélectrique. La réduction de la puissance hydroélectrique a été particulièrement grave pendant la saison des pluies, lorsque les barrages ont des débits qui peuvent produire à des niveaux plusieurs fois supérieurs à ceux de la saison sèche [si la demande en électricité reste stable par rapport à la saison sèche, les capacités de productions sont volontairement sous-exploitées durant la saison humide].

Les mineurs profitent de cet état de fait en déplaçant des opérations minières entières dans et hors de ces provinces en fonction de la saison des pluies. Au cours de ces périodes, les mineurs déchargent les barrages surproducteurs de l'énergie qu'ils gaspillent, améliorant ainsi leur situation économique tout en sécurisant les bitcoins. Lorsque la saison sèche arrive et que les prix de l'électricité augmentent, ils reprennent leurs opérations et les déplacent vers d'autres provinces où les prix sont plus bas (pendant la saison sèche, la politique chinoise de subventions publiques aux centrales électriques au charbon fait souvent de ces sources l'alternative la moins chère).

Pendant ce temps, les mineurs réduisent activement les émissions des champs pétrolifères

La capacité du Bitcoin à être exploité littéralement n'importe où dans le monde, là où il y a une connexion internet, a favorisé l'émergence d'un autre sous-ensemble industriel fascinant. Les producteurs de pétrole ont réalisé que l'exploitation minière [de Bitcoin] offre la possibilité de monétiser leur gaz sec indésirable, sur place. Cela permet d'éviter le brûlage à la torche et, dans une large mesure, l'évacuation directe du méthane dans l'atmosphère, ce qui entraîne une réduction des émissions nocives et une baisse des prix de l'énergie.

Le gaz naturel sec, ou méthane, est environ 40 fois plus puissant que le CO2 en tant que gaz à effet de serre. Cela signifie que chaque mètre cube de méthane qui est transformé en CO2 par combustion, au lieu de s'échapper directement dans l'atmosphère, a un impact négatif net important sur l'effet de serre.

Ce qu'il est important de comprendre dans ce contexte, c'est que même lorsque le méthane est brûlé à la torche, la combustion est souvent inefficace en raison des effets du vent sur la tour de torchage. Dans des conditions venteuses, plus de la moitié du méthane peut s'échapper directement dans l'atmosphère, mais lorsque le gaz est brûlé dans l'environnement contrôlé des moteurs, peu ou pas de méthane est libéré.

Les grandes compagnies pétrolières et gazières internationales prennent conscience de cette opportunité. L'investissement de l'année dernière dans Crusoe Energy par le géant norvégien de l'énergie Equinor, célèbre pour son approche ESG à long terme, en est une bonne illustration, de même que l'annonce plus récente par la grande entreprise russe Gazprom Neft qu'elle réduisait elle aussi ses déchets de torchage en monétisant le gaz directement par l'exploitation minière de bitcoins.

Il est dans l'intérêt de l'humanité de consommer plus d'énergie, pas moins.

Chaque étape du développement de l'humanité a exigé que l'on consacre plus d'énergie aux améliorations technologiques que la phase précédente. Consommer et canaliser l'énergie vers un travail utile est le fondement même de la civilisation moderne. Bien sûr, un cheval consomme beaucoup moins d'énergie qu'une voiture, mais aucune personne saine d'esprit ne soutiendrait que nous devons abandonner la technologie des automobiles pour réduire nos émissions. Les voitures améliorent considérablement notre niveau de vie et libèrent du temps humain pour d'autres tâches utiles. La solution est évidemment de faire en sorte que le plus grand nombre possible de voitures soient électriques, comme le Bitcoin, et de rendre la génération verte.

Notre problème en tant que civilisation n'est pas la quantité d'énergie que nous consommons. Consommer beaucoup d'énergie est une bonne chose et nous élève toujours plus haut sur l'échelle du progrès technologique de Kardashev. Notre problème est la manière dont nous la produisons. Cela devrait être d'une évidence criante pour tout penseur économiquement orienté.

Décrier le Bitcoin comme gaspilleur d'énergie n'est rien d'autre qu'un jugement de valeur subjectif, et c'est une opinion que je serais très intéressé de voir exprimée au visage des millions de personnes utilisant le Bitcoin comme une bouée de sauvetage monétaire dans leur combat permanent pour les droits fondamentaux de l'homme, la liberté économique, la liberté politique et la démocratie.

Ce que nous voulons dire, c'est que le sujet est bien plus vaste que ce que vous pensiez au départ. Non seulement l'exploitation minière n'est pas, par définition, un gaspillage du point de vue des personnes qui lui donnent de la valeur - peut-être pour des raisons que vous ne connaîtrez jamais ou que vous ne comprendrez jamais - mais lorsque vous examinez un peu plus en profondeur le fonctionnement de cette industrie, des opportunités incroyables apparaissent et il devient clair que le Bitcoin n'est en aucun cas le pécheur du climat que vous avez pu être amené à croire qu'il est.

Concernant l'importance de ses besoins énergétiques, les émissions de la production d'électricité qu'il utilise sont comparativement faibles - entre la moitié et le quart de la norme mondiale. Parallèlement, l'exploitation minière [de Bitcoin] réduit les émissions mondiales de méthane, un fait que les détracteurs ont tendance à oublier.

Si nous espérons progresser dans la résolution de notre problème de durabilité, nous avons intérêt à investir davantage dans les énergies renouvelables, et non à condamner ceux qui les utilisent pour résoudre leurs problèmes. Le minage de bitcoins a le potentiel de jouer un rôle important dans cette transformation en résolvant l'un des plus grands problèmes en suspens dans l'architecture des réseaux renouvelables. Tant que nous ne sommes pas tous prêts à consacrer un peu plus de temps et d'efforts à l'analyse approfondie de cette question, nous risquons de passer à côté d'une opportunité incroyable et urgente.

Ce serait du gaspillage.

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[1] Il s'agit de Bitcoin avec majuscule, le protocole, le réseau et le système monétaire. À ne pas confondre avec le bitcoin avec minuscule (btc/xbt), l'actif natif de Bitcoin.
[2] Les transactions en bitcoins peuvent avoir des sorties multiples, de sorte que le total des transactions n'est pas une mesure parfaite du total des transactions de règlement. Une banque ou une institution financière peut par exemple utiliser une seule transaction en bitcoins pour payer des centaines, voire des milliers de clients.
[3] Et cela ne tient même pas compte de la difficulté qu'ils auraient à mettre la main sur plus de matériel que l'ensemble du réseau honnête de mineurs, ce qui impose un coût supplémentaire important.

Bitcoin a-t-il réussi ?

Article original par Larry White : Has Bitcoin Succeeded? - https://www.alt-m.org/2020/12/23/has-bitcoin-succeeded/


La réponse dépend de ce que vous voulez dire. Réussi à quoi ?

Le prix du bitcoin en dollars américains a atteint un sommet historique à plus de 23 000 dollars ce mois-ci (décembre 2020), sa capitalisation sur le marché a atteint un sommet historique de plus de 400 milliards de dollars et les détenteurs de bitcoins se sont réjouis de leur succès en matière d'investissement. Cette hausse a accompagné les annonces des grands investisseurs institutionnels Grayscale, MicroStrategy et MassMutual, qui ont annoncé l'acquisition de centaines de millions de dollars en Bitcoin pour leurs portefeuilles d'investissement. Il ne fait aucun doute que le projet Bitcoin a remarquablement réussi à créer un nouveau type d'actif.

Les développeurs de Bitcoin, en particulier Satoshi Nakamoto et la Fondation Bitcoin, ont cependant déclaré qu'ils voulaient développer une alternative privée largement utilisée à la devise des gouvernements. Ils n'ont pas encore réussi à atteindre cet objectif. Le bitcoin n'est pas un moyen d'échange communément accepté, il a même perdu une niche où il était le principal moyen d'échange, à savoir sur les marchés des crypto-actifs. L'utilisation de Bitcoin pour l'achat et la vente des "altcoins" qui constituent les 35 % du marché total des crypto-actifs a en fait reculé ces dernières années. Ce rôle a été repris par Tether et d'autres devises stables en dollars américains.

Les commentateurs ont longtemps confondu le succès en tant qu'actif avec le succès en tant que moyen d'échange communément accepté. En novembre 2013, le commentateur économique Edward Hadas a proposé "Une prediction" : Bitcoin est condamné à l'échec". Il a suivi deux mois plus tard avec un article intitulé "Une nécrologie précoce pour Bitcoin". Ces essais ont été ridiculisés par les amateurs de Bitcoin, ce qui est compréhensible. Mais ils méritent d'être réexaminés car nombre de leurs revendications sont encore entendues aujourd'hui.

Partant d'un argument (exagéré) selon lequel les bitcoins ne deviendraient pas un moyen d'échange communément accepté, M. Hadas est passé à la prédiction que les bitcoins auraient une utilisation et une valeur marchande nulles. Aujourd'hui, Bitcoin occupe en fait une position intermédiaire : c'est un moyen d'échange peu commun ou de niche. Il est meilleur que d'autres médias pour effectuer certains paiements qui, même s'ils sont effectués à des fins légitimes, pourraient être censurés s'ils étaient acheminés par des systèmes de paiement contrôlés par les gouvernements nationaux et les banques centrales. L'activiste des droits de l'homme Alex Gladstein a récemment tweeté une liste annotée de cas d'utilisation de Bitcoin, en commençant par "BYSOL, une organisation biélorusse de défense des droits de l'homme, a transféré plus de 500 000 dollars de valeur en pair-à-pair à des travailleurs en grève en Biélorussie, d'une manière que le régime ne peut pas arrêter. Les activistes ou les manifestants voient normalement leurs comptes bancaires gelés". Parmi ses autres exemples, on peut citer la collecte de fonds par des militants au Nigeria, à Hong Kong et en Russie, l'expatriation des économies de personnes fuyant le Venezuela, les transferts de fonds vers l'Iran et les transferts de pair-à-pair en Chine entre personnes cherchant à éviter la surveillance financière de l'État. Ces utilisations (ainsi que les prévisions d'une utilisation future plus large) sont suffisantes pour maintenir la valeur marchande positive de Bitcoin.

D'un autre côté, le bitcoin est loin d'être un moyen d'échange communément accepté dans l'usage quotidien. Il ne fait pas partie des nombreuses transactions de biens et de services. La chroniqueuse de Coindesk, Jill Carlson, a récemment noté qu'à part les personnes détenant des bitcoins à des fins de spéculation :

L'utilisation réelle des produits et des applications crypto reste limitée. ... Seuls quelque 2 500 commerçants acceptent les bitcoins aux États-Unis. L'adoption va dans la bonne direction, mais il est encore tôt.

Aux États-Unis et dans d'autres économies dans leur ensemble, Bitcoin n'est donc pas encore largement accepté comme moyen d'échange. Dans un document publié récemment, Peter K. Hazlett et William J. Luther ont présenté les choses autrement, en observant qu'il n'existe qu'"un petit coin de l'internet où les transactions sont régulièrement effectuées avec des bitcoins servant de moyen d'échange".

Je dis que l'argument de Hadas a été exagéré non seulement parce qu'il a négligé la possibilité d'une demande de transactions de niche pour Bitcoin, mais aussi parce que dans la première pièce citée, il a écrit :

Les développeurs de bitcoin essaient de montrer que l'argent peut être privatisé avec succès. Ils échoueront, car l'argent qui n'est pas émis par les gouvernements est toujours voué à l'échec. L'argent est inévitablement un outil de l'État.

Des idées fausses imprègnent ces phrases. Personne n'a besoin de montrer aujourd'hui que l'argent peut être émis à titre privé, car l'histoire est pleine d'exemples. Les mines d'or privées ont fait leurs preuves aux États-Unis. Dans la plupart des pays développés, le papier-monnaie remboursable était essentiellement émis à titre privé avant la Première Guerre mondiale. Aux États-Unis, les billets de banque privés ont continué à être émis parallèlement aux billets de la Réserve fédérale jusqu'à ce que le gouvernement abroge le droit d'émission des banques. En Écosse, en Irlande du Nord et à Hong Kong, les billets de banque privés continuent d'être émis jusqu'à ce jour. Aujourd'hui, aux États-Unis, la plupart des billets sont émis par les banques commerciales, sous la forme de soldes de comptes de chèques (actuellement 66 % de la mesure étroite M1 de la masse monétaire américaine), plutôt que par le gouvernement.

Que Bitcoin ou un autre crypto-actif réussisse ou non à obtenir une utilisation monétaire plus large comme moyen d'échange, la monnaie émise par les particuliers ne se limite pas à cette forme. L'argent non émis par les gouvernements mais par des banques privées, sous la forme de comptes et de billets de banques remboursables en argent et en or, s'est répandu dans le monde entier au cours des siècles qui ont suivi 1200 après J.-C. et ne peut donc pas être "condamné à l'échec". L'argent ne peut pas être "inévitablement un outil de l'État" alors que l'argent émis par le secteur privé a si souvent réussi par le passé. L'argent a évolué grâce aux innovateurs en matière de paiement privé qui s'efforcent de servir la convenance des commerçants et des ménages, et non grâce aux efforts d'un État entrepreneurial mythique. Bitcoin et ses concurrents continuent d'évoluer.

Comme certains autres critiques, Hadas voulait apparemment que Bitcoin échoue parce qu'il illustre une idéologie de libre marché qu'il ne favorise pas. Mais ce n'est pas une bonne raison pour penser qu'il doit échouer, que ce soit comme actif de portefeuille ou comme moyen d'échange communément accepté. Il a écrit : "Bitcoin illustre certains des problèmes de l'argent privé. Sa valeur est incertaine, son statut juridique n'est pas clair, et il pourrait facilement perdre sa valeur si les utilisateurs perdent la foi". Il convient de noter que l'incertitude de la valeur (pouvoir d'achat très volatil) et la possibilité d'une perte de valeur due à une perte de confiance sont des problèmes communs à de nombreuses monnaies fiduciaires émises par les gouvernements. Ils ne sont pas historiquement partagés par les monnaies de commodités privées. Toute imprécision du statut juridique de Bitcoin est la faute de la législation et de la réglementation bureaucratique, et non de Bitcoin, et la responsabilité de son retrait incombe au gouvernement.

Hadas a poursuivi : "De plus, si jamais le bitcoin commençait vraiment à décoller, les gouvernements l'interdiraient ou prendraient le contrôle du système". Cette vulnérabilité est un problème, mais il est étrange de la considérer comme une faute de l'argent privé, plutôt qu'un problème dû à des limites inadéquates du pouvoir gouvernemental.

À la fin de son article de 2013, Hadas a tourné en dérision les utilisateurs de Bitcoin, les considérant comme des criminels, des geeks et des spéculateurs. Mais ensuite (et de nouveau dans son article de 2014), bien qu'il ait prédit l'échec de Bitcoin dans les deux scénarios, il a reconnu un autre motif qui donne un avenir à Bitcoin : "Les gens peuvent être excusés de penser que les gouvernements, y compris les banques centrales, ont si mal géré le système monétaire que l'argent non gouvernemental pourrait être meilleur... Bitcoin fait appel à l'argent parce que les gouvernements ne sont pas pleinement à la hauteur de la responsabilité qui vient avec l'argent parrainé par l'État. Bitcoin, ou quelque chose comme ça, prospérera tant que les autorités ne feront pas mieux".

En 2017, après avoir dépassé les 10 000 dollars pour un bitcoin, Hadas a concédé : "Pour l'instant, le bitcoin fonctionne bien pour les spéculateurs, si ce n'est pour la société."

Les gens peuvent en effet être excusés de penser que les banques centrales ont mal réussi à préserver le pouvoir d'achat de la monnaie et à préserver la confidentialité financière. Et on peut excuser les gens de penser que Bitcoin est potentiellement une monnaie plus viable qu'un standard non gouvernemental basé sur les matières premières, dans un monde où les gouvernements ont été autorisés à supprimer les systèmes de paiement basés sur des matières premières. Bitcoin est vulnérable à la surveillance et aux prohibitions des gouvernements qui pourraient freiner les échanges crypto et pousser les transactions dans la clandestinité. Mais on peut dire qu'il pourrait mieux survivre dans la clandestinité, qu'un système bancaire basé sur la remboursabilité des matières premières qui doit être ouvertement accessible pour être digne de confiance. Si Bitcoin continue à prospérer en tant qu'investissement et moyen d'échange en attendant "que les autorités fassent mieux" dans la gestion de l'argent fiduciaire (et à permettre la confidentialité financière), alors Bitcoin pourrait prospérer pendant longtemps.

Votre vie privée s'étend également à vos valeurs

Lorsque deux agents fédéraux se sont présentés pour harceler le trafiquant d'armes présumé Phil Zimmerman, Phil s'est retrouvé hors de son élément habituel, les mathématiques et l'informatique.

Il n'était pas votre trafiquant d'armes classique. Il n'était lié à aucun cartel, groupe d'insurgés, espion ou autre personnage louche. Mais il avait écrit un bout de code informatique que le gouvernement américain considérait comme une arme.

Au début des années 1990, Phil Zimmerman a inventé ce qui est aujourd'hui le système de cryptage de courrier électronique le plus utilisé au monde. Appelé Pretty Good Privacy (PGP), il assure la confidentialité entre l'expéditeur et le destinataire. Zimmerman a également mis PGP gratuitement à la disposition de tous sur Internet.

Le gouvernement américain a considéré que la forte cryptographie derrière PGP était une "munition" militaire. Ils l'ont accusé d'avoir violé la loi sur le contrôle des exportations d'armes. La peine encourue ? Trois à cinq ans de prison et une amende d'un million de dollars.

En vérité, le gouvernement américain a attaqué Zimmerman pour avoir essayé de protéger la vie privée.

Le logiciel de Zimmerman permettait aux gens d'envoyer des courriels à leurs amis et à leurs relations d'affaires en toute confidentialité. N'importe qui pouvait le télécharger gratuitement depuis son site web et garder la souveraineté sur ses informations.

Zimmerman a également rendu public le code source. Ainsi, d'autres personnes pouvaient également publier des variantes du logiciel. Finalement, la communauté de développeurs a fait une multitude de copies et de variantes.

Le cryptage de Zimmerman s'est rapidement répandu aux États-Unis et a fini par toucher l'Europe. À ce moment-là, la distribution du code de cryptage lui échappait complètement.

Les structures étatiques américaines détestaient le fait que les individus aient maintenant un accès facile à la technologie de cryptage, car cela diluait leur pouvoir, c'est pourquoi elles ont ciblé Zimmerman pour une enquête criminelle. Le gouvernement américain voulait en faire un exemple.

En fin de compte, cette croisade s'est transformée en une leçon amère pour le gouvernement américain sur la nature d'une technologie distribuée et décentralisée.

Parce que Zimmerman avait mis son code à la disposition de tout le monde pour qu'il puisse le télécharger, et parce que les enthousiastes en ont diffusé des copies sur Internet, il était impossible pour quiconque de l'arrêter.

Tout ce que le gouvernement américain pouvait faire était d'attaquer Phil Zimmerman dans un effort de vengeance pour dissuader les autres. Mais cela n'a fait qu'accélérer la diffusion de son code de cryptage. En fin de compte, toutes les charges retenues contre lui ont été abandonnées.

Gardez à l'esprit que le cryptage a bien plus d'applications que la sécurisation de vos e-mails. C'est ce qui fait fonctionner les achats et les opérations bancaires en ligne, ainsi que les cryptodevises qui d'ailleurs comportent le mot "crypto" car leur existence est dépendante de la cryptographie asymétrique.

C'est un élément essentiel de la sécurisation de tout type de données numériques contre les pirates et autres fouineurs non autorisés. Avec une part toujours croissante de notre vie privée stockée dans le monde numérique, le cryptage est une nécessité absolue.

Les cryptodevises comme protection de la vie privée

Aujourd'hui, très peu d'aspects de votre vie privée sont hors de portée des états, particulièrement celui des États-Unis. Mais il existe une technologie qui peut vous aider à préserver les informations concernant votre patrimoine, et l'aider à croître.

Bitcoin n'utilise pas le système financier traditionnel. Il n'a pas d'autorité centrale. Au lieu de cela, il fonctionne sur un réseau décentralisé et volontaire réparti dans le monde entier sur plusieurs milliers d'ordinateurs, et même dans l'espace car il est présent sur plusieurs satellites.

Bitcoin ne s'appuie pas sur des intermédiaires ou des tiers dits "de confiance". Il n'a pas de risque de contrepartie ni de point unique de défaillance.

C'est comme un compte bancaire suisse dans votre poche (à l'époque où le secret bancaire et les comptes numérotés existaient encore !).

Contrairement aux monnaies fiduciaires, le bitcoin est un actif intrinsèquement international. Vous pouvez en faire entrer et sortir n'importe quel montant dans n'importe quel pays. Vous n'avez pas besoin de l'autorisation d'un gouvernement. Vous pouvez l'envoyer à travers n'importe quelle frontière - ou n'importe quel nombre de frontières - aussi souvent que vous le souhaitez. Et personne ne peut rien y faire.

Avec Bitcoin, il n'y a pas d'endroit où l'on peut saisir les fonds. Il n'y a pas de dirigeant à arrêter et à punir. Les états ne peuvent rien faire d'autre que de jouer le jeu du chat et de la souris à travers le monde.

Il est pratiquement impossible pour le gouvernement américain, le gouvernement chinois ou tout autre gouvernement de tuer Bitcoin sans fermer tout l'Internet. Sa robustesse est telle qu'elle terrifie ceux qui cherchent à garder le contrôle, c'est pourquoi il s'agit d'une technologie si perturbatrice et excitante.

Bitcoin est un refuge pour les personnes qui cherchent à récupérer leur souveraineté, et offre un refuge sûr. Les personnes ordinaires peuvent facilement l'utiliser pour envoyer et recevoir de la valeur. Cela peut signifier payer des biens et des services lorsque le papier-monnaie local devient sans valeur, ou recevoir discrètement un afflux bien nécessaire de parents établis dans d'autres pays.

Quels que soient les détails, Bitcoin contourne les banques douteuses, les devises sans valeur et les systèmes de confiscation des états. Lorsqu'une crise frappe, un gouvernement peut facilement voler l'argent qui se trouve sur votre compte bancaire personnel (nous en avons eu un exemple frappant à Chypre en 2013). Mais il lui est pratiquement impossible de voler des bitcoins ou d'empêcher les gens de les utiliser (bien qu'il puisse voler les clés numériques stockées sur des services comme DropBox, par exemple).

À l'heure actuelle, il existe environ 18,4 millions de bitcoins. Mais on estime que l'offre flottante est beaucoup plus faible, peut-être environ 14 millions de bitcoins. En attendant, il y a actuellement plus de 33 millions de millionnaires dans le monde. Il serait impossible pour chacun d'entre eux de posséder ne serait-ce qu'un seul bitcoin.

La perspective de voir les banques centrales continuer à imprimer de l'argent et du papier sur une économie défaillante amènera les investisseurs à se tourner vers des formes d'argent plus sûres… Celles qui ne peuvent pas être manipulées comme des monnaies fiduciaires. La contrepartie de cette robustesse est la volatilité des actifs concernés.

La finance décentralisée comme extension de Bitcoin

Au-delà de la cryptodevise la plus populaire et la plus connue, une ribambelle de nouvelles possibilités financières se fait jour dans le monde décentralisé. Il est possible d'y obtenir des prêts collatéralisés, ou obtenir des rendements plus élevés que dans la finance traditionnelle.

Cela s'appelle la finance décentralisée, qui a émergé réellement au début de cette année, et qui amène des perspectives quasi sans limites, puisque la devise est maintenant programmable et que ce qui était avant uniquement disponible aux grandes institutions financières est maintenant accessible aux petites entreprises et à la personne privée... et le tout sans devoir demander l'autorisation !

C'est ce dont nous traitons dans l'espace proactif de matter21.com. Venez découvrir avec nous les dernières évolutions de cette tendance et naviguer sur la vague. Joignez-vous à nous !

Eric Mermod